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"Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie" - Montesquieu

Au fil des lectures

Dit-on un auteur, une auteure, ou une autrice? Femuary n°1

Dit-on un auteur, une auteure, ou une autrice? Femuary n°1

Bonjour les lecteurs :-)

En ce deuxième jour de Femuary, j'ai décidé de lancer une discussion sur un point pas si anodin qu'il n'en a l'air : que doit-on dire lorsque la personne à l'origine de l'écriture d'un livre est une femme? Comment doit-on l'appeler?

Pour rappel, Femuary, c'est l'équivalent de Movember, mais pour les femmes. Certaines vous dirons qu'elles ne se rasent plus, tant mieux pour elles :) C'est une super initiative. Mais chez les rats de bibliothèque, on décide de lire principalement des écrits de femmes, ou en rapport avec des femmes (badass si possible!) Et moi, comme je suis en retard sur mon programme de lecture (j'ai une lecture féministe en cours, toute petite, que je pensais finir rapidement, mais non...) eh bien je me suis dit qu'on allait faire autrement. Aujourd'hui, c'est moi qui parle de femmes. Ça rentre dans le principe n'est-ce pas?

 

Passons donc au vif du sujet. Quelle est la forme correcte à utiliser pour parler de la personne dont le travail est d'écrire des livres, si elle est une femme?

Déjà, si vous aimez la linguistique, vous savez par avance qu'il n'y a pas de forme correcte mais que c'est la langue elle-même qui dicte les formes utilisables. La grammaire étant conceptuelle, et la langue étant réelle, il ne peut en être autrement. Si le sujet vous semble intéressant mais que la linguistique, c'est pas votre came, vous pouvez jeter un oeil sur la chaîne Youtube de Linguisticae, un vulgarisateur qui n'a pas la langue dans sa poche. Il est d'accord avec moi sur ce sujet (ou je suis d'accord avec lui?) et l'expliquera mieux que moi.

Mais s'il n'y a pas de forme correcte, est-ce que les trois formes sont utilisables au final? Et comment est-il possible d'avoir trois fois le même mot, désignant la même entité, avec la même racine et le même radical, ayant la même construction grammaticale, mais n'ayant pas la même forme (ni le même genre, pour l'un des trois)? On se demande un peu d'où ça sort, tout ça...

Ce qu'on nous apprend à l'école : Un auteur.

Un auteur, et pis cé tout. On nous apprend que certains mots sont invariables en français, et ce dès la primaire. Même si on parle d'une femme, on doit utiliser, pour certaine professions notamment, la forme utilisée pour les hommes de cette profession. Et on va vite comprendre pourquoi on peut faire rentrer cette règle dans Femuary... Les dites professions sont notamment : les avocats (Me), les professeurs (le titre Pr. vous savez), les médecins (Dr.), les ministres (surtout le Premier Ministre, que vous pouvez tenter de féminiser, ça rend mal) et...les écrivains, tiens! Ces mots sont donc invariables, qu'ils désignent un objet masculin ou féminin. Et ce qu'ils désignent justement, ce sont des professions qualifiées, voire élitistes. Et on n'imaginait pas forcément de proposer un féminin à ces mots. Notons cependant que tout n'est pas que misogynie et cruauté pure : les avocates par exemple, n'existaient pas à cette époque (elles n'ont eu le droit d'exercer en France qu'en 1900), et il y avait très peu de femmes médecins, sans parler des ministres! La question ne se posait simplement pas, il n'y avait pas de débat possible. Emballez, c'est pesé.

La forme "une auteure" :

On a fini par quitter le primaire, et là, au collège, on se pose quand même la question. Un chanteur, un chanteuse. Un menteur, une menteuse. Et puis tiens, un prof... une prof, WTF! La/le prof de français justement, vous explique alors que maintenant, on peut dire "une auteure", si on est un peu moderne. Vraiment? Voici la définition du Larousse : "Féminin de auteur. Femme écrivain. Cet emploi n'est pas encore admis par l'Académie française." Résultat, dans la vie de tous les jours, on trouve donc souvent l'emploi de auteure, mais il n'est pas reconnu comme un "vrai" mot. Pourtant, les correcteurs d'orthographe vous laissent écrire le mot "auteure" sans rechigner. Il est donc bien entré dans la langue, et accepté, au même titre que l'équivalent masculin (mais usité sémantiquement pour une entité de sexe féminin, si vous suivez ). Personnellement, c'est cette forme que j'utilisais jusqu'à très récemment, puisque je pensais que c'était ce qui ce rapprochait le plus du sens logique qu'on veut appliquer à la phrase. Et puis j'ai découvert un mot qui fait mal aux oreilles au début.

Une autrice :

La première fois que j'ai entendu cette forme, j'ai pensé à une erreur. Puis je me suis demandé pourquoi utiliser un mot qui n'existe pas, dans quel but? Ce que je ne savais pas, c'est qu'il n'existe plus, et c'est là une grande différence. Un facteur, une factrice. Un acteur, une actrice. Un auteur...une autrice. C'était ça, la version féminine de auteur, à la base. Jusqu'à ce que notre chère Académie française en décide autrement. Après tout une femme n'a nul besoin d'écrire, et donc, alors qu'une femme peut être actrice (à cette époque-là, au XVIIe siècle, c'est un métier laissé aux classes sociales inférieures) elle ne peut clairement pas être lettrée, et encore moins écrire. On retire donc cette forme, officiellement, et cette-fois, tout à fait consciemment. Sauf que l'Académie Française, ben c'est en France. Et que les Belges et les Suisses, entre autres, utilisent toujours la forme autrice. Tout simplement parce que c'est la forme qu'ils ont conservée. Notons la définition, toujours chez Larousse : "Le terme autrice est bien plus ancien que son équivalent moderne, auteure. Il désigne une femme qui a écrit un ou plusieurs ouvrages, de quelque nature que ce soit. Autrice est un terme peu utilisé." On est donc face à une sorte d'antiquité en train de renaître. Mais là par contre, il faut ajouter manuellemnt le mot dans votre dictionnaire virtuel si vous voulez que votre correcteur d'orthographe vous laisse tranquille, parce qu'il pense que ça n'existe pas.

 

En résumé?

On peut choisir d'utiliser la forme que l'on préfère. Elles sont en réalité toutes les trois convenables, acceptables, et usitées. Ce qui est dommage, c'est qu'on ne nous l'apprenne pas, et qu'on ne le sache donc pas!

 

En vous souhaitant un joyeux mois de Femuary les amis :-)

 

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